TIERS DE CONFIANCE NUMERIQUE
J’ai souhaité partager la pertinence de ses propos et vous en restitue ci-après les principaux passages, en
mettant en relief les thématiques abordées.
(…)
Créer un
nouveau type de relation avec les entreprises
« Vous citez la phrase de mon livre qui fait
référence aux menaces : j’ai voulu m’adresser à mes confrères les plus
éloignés de l’actualité et qui n’ont pas conscience du changement en cours. Le
propos était pédagogique, et avait pour ambition de pousser à l’action. Quelle
action ? Celle de l’intégration d’outils de nouvelle génération dans les
systèmes de production, mais surtout l’action qui aura pour finalité de créer un nouveau type de relation avec les
entreprises. Nous partageons tous les deux l’idée qu’être numérique ne se
limite pas à l’utilisation de nouveaux outils, mais qu’il convient de changer les paradigmes du rôle et de la
fonction de l’EC (...)
Indépendance et déontologie
Mais la question fondamentale est celle de l’indépendance des EC. Elle doit être
préservée en toute circonstance, ce qui ne serait pas le cas si nous étions
acteurs d’une technologie mise à disposition des entreprises.
Je voudrais revenir sur deux points que vous
évoquez : ce que vous appelez le monopole, et la déontologie.
La profession française ne jouit pas d’un monopole.
Il y a une prérogative d’exercice réservée aux membres de l’ordre, mais aucune
obligation de recourir à leurs services, ce qui est le cas de certains pays
comme le Portugal par exemple pour la présentation des états financiers. La
réglementation française n’a pas été demandée par les professionnels, mais
voulue par les autorités publiques de notre pays pour garantir une qualité en imposant des règles d’éthique et en impliquant
la responsabilité du professionnel.
Ces règles ne sont pas remises en cause et je pense
même qu’elles sont d’actualité plus que jamais. Que les entreprises n’aient plus
besoin des services des EC pour tenir leurs comptes est une tendance lourde, et
les nouvelles technologies vont probablement accélérer le phénomène. Mais cela
ne sera pas pour autant la fin de la prérogative d’exercice.
Le recours à un professionnel devra toujours se
faire auprès d’un membre de l’Ordre, même si les entreprises pourront s’en
passer de plus en plus facilement avec les nouveaux outils du marché. Ce sera
leur libre arbitre d’utiliser elles-mêmes un produit, comme cela a toujours été
le cas. Je pense donc que la règlementation de l’exercice professionnel ne sera
pas remise en cause avec le développement des nouvelles technologies.
Le sujet de la
déontologie est essentiel pour l’avenir de la profession. C’est ce qui fait sa
force, et qui fera la différence avec tout autre acteur du marché. Dans les
pays où il n’y a pas de prérogative d’exercice réservée aux membres de l’Ordre,
ni l’obligation pour un professionnel de s’affilier à une organisation
réglementée, il y a néanmoins des institutions fortes. Leur label est une
sécurité recherchée par les entreprises, ce qui montre bien l’intérêt d’une
déontologie forte.
C’est pourquoi je ne pense pas qu’il faille citer la
déontologie comme un frein au développement de la profession. Pour moi tout dépend du dynamisme du cabinet qui
peut parfaitement allier une stratégie de croissance et de développement de son
offre de services avec le respect des règles déontologiques de la profession.
Je dirais même que c’est la condition du succès.
Un rôle de
conseil de l’entreprise
Voilà pourquoi je pense que les deux sujets que vous
proposez méritent de l’intérêt mais sans pour autant être des « bouées de
sauvetage », ce qui signifierait qu’il n’y ait point de salut en dehors de
leur implémentation dans les cabinets.
Il me semble que la bonne place des EC est d’être le
conseil de l’entreprise, ce qui peut amener à la recommandation de
l’utilisation des nouvelles technologies ou des nouveaux business models, et
ensuite d’être le professionnel qui garantira la qualité du système
d’information, ce qui va jusqu’à la production des informations, qu’elles
soient financières ou autres.
L’EC se doit de garder une distance avec les
technologies. Je comprends bien votre appel à la position de
« mineur » mais il me semble aller trop loin dans l’implication de
l’EC dans le process, affaiblissant son indépendance.
Je partage totalement votre revendication du statut
de « tiers de confiance numérique »,
propos que j’ai tenu pendant deux ans auprès de nos autorités de tutelle, mais
il faut trouver une juste limite à l’implication du professionnel. Là où je
vous rejoins est qu’il est indispensable
que les cabinets soient en mesure de comprendre les systèmes, de les analyser
et de porter un jugement. Sinon, ils ne seraient plus capables de remplir
leur fonction.
Il y a donc un effort de pédagogie à faire pour
porter ce message, et je pense que l’institution a son rôle à jouer, ce que
j’ai essayé d’initier. Il y a ensuite un effort de la part de chacun pour se
former, et des professionnels comme vous ont un rôle primordial à jouer. Nous
en sommes à cette phase de la transition vers l’économie numérique qui mérite
une implication de tous, et je vous remercie de l’intérêt que vous accordez à
notre profession. »
(…)

Commentaires
Enregistrer un commentaire