TIERS DE CONFIANCE NUMERIQUE



Philippe ARRAOU, Président du Conseil de l’Ordre des Experts-Comptables de 2015 à 2017, et auteur de l’ouvrage « L’expert-comptable et l’économie numérique » (sept. 2016 – Bibliordre) m’a fait l’honneur de commenter mon étude « Blockchain et Barter : deux bouées de sauvetage pour les experts-comptables".



J’ai souhaité partager la pertinence de ses propos et vous en restitue ci-après les principaux passages, en mettant en relief les thématiques abordées.

(…)
Créer un nouveau type de relation avec les entreprises

« Vous citez la phrase de mon livre qui fait référence aux menaces : j’ai voulu m’adresser à mes confrères les plus éloignés de l’actualité et qui n’ont pas conscience du changement en cours. Le propos était pédagogique, et avait pour ambition de pousser à l’action. Quelle action ? Celle de l’intégration d’outils de nouvelle génération dans les systèmes de production, mais surtout l’action qui aura pour finalité de créer un nouveau type de relation avec les entreprises. Nous partageons tous les deux l’idée qu’être numérique ne se limite pas à l’utilisation de nouveaux outils, mais qu’il convient de changer les paradigmes du rôle et de la fonction de l’EC (...)

Indépendance et déontologie

Mais la question fondamentale est celle de l’indépendance des EC. Elle doit être préservée en toute circonstance, ce qui ne serait pas le cas si nous étions acteurs d’une technologie mise à disposition des entreprises.
Je voudrais revenir sur deux points que vous évoquez : ce que vous appelez le monopole, et la déontologie.

La profession française ne jouit pas d’un monopole. Il y a une prérogative d’exercice réservée aux membres de l’ordre, mais aucune obligation de recourir à leurs services, ce qui est le cas de certains pays comme le Portugal par exemple pour la présentation des états financiers. La réglementation française n’a pas été demandée par les professionnels, mais voulue par les autorités publiques de notre pays pour garantir une qualité en imposant des règles d’éthique et en impliquant la responsabilité du professionnel.
Ces règles ne sont pas remises en cause et je pense même qu’elles sont d’actualité plus que jamais. Que les entreprises n’aient plus besoin des services des EC pour tenir leurs comptes est une tendance lourde, et les nouvelles technologies vont probablement accélérer le phénomène. Mais cela ne sera pas pour autant la fin de la prérogative d’exercice.

Le recours à un professionnel devra toujours se faire auprès d’un membre de l’Ordre, même si les entreprises pourront s’en passer de plus en plus facilement avec les nouveaux outils du marché. Ce sera leur libre arbitre d’utiliser elles-mêmes un produit, comme cela a toujours été le cas. Je pense donc que la règlementation de l’exercice professionnel ne sera pas remise en cause avec le développement des nouvelles technologies.

Le sujet de la déontologie est essentiel pour l’avenir de la profession. C’est ce qui fait sa force, et qui fera la différence avec tout autre acteur du marché. Dans les pays où il n’y a pas de prérogative d’exercice réservée aux membres de l’Ordre, ni l’obligation pour un professionnel de s’affilier à une organisation réglementée, il y a néanmoins des institutions fortes. Leur label est une sécurité recherchée par les entreprises, ce qui montre bien l’intérêt d’une déontologie forte.
C’est pourquoi je ne pense pas qu’il faille citer la déontologie comme un frein au développement de la profession. Pour moi tout dépend du dynamisme du cabinet qui peut parfaitement allier une stratégie de croissance et de développement de son offre de services avec le respect des règles déontologiques de la profession. Je dirais même que c’est la condition du succès.

Un rôle de conseil de l’entreprise

Voilà pourquoi je pense que les deux sujets que vous proposez méritent de l’intérêt mais sans pour autant être des « bouées de sauvetage », ce qui signifierait qu’il n’y ait point de salut en dehors de leur implémentation dans les cabinets.
Il me semble que la bonne place des EC est d’être le conseil de l’entreprise, ce qui peut amener à la recommandation de l’utilisation des nouvelles technologies ou des nouveaux business models, et ensuite d’être le professionnel qui garantira la qualité du système d’information, ce qui va jusqu’à la production des informations, qu’elles soient financières ou autres.
L’EC se doit de garder une distance avec les technologies. Je comprends bien votre appel à la position de « mineur » mais il me semble aller trop loin dans l’implication de l’EC dans le process, affaiblissant son indépendance.

Je partage totalement votre revendication du statut de « tiers de confiance numérique », propos que j’ai tenu pendant deux ans auprès de nos autorités de tutelle, mais il faut trouver une juste limite à l’implication du professionnel. Là où je vous rejoins est qu’il est indispensable que les cabinets soient en mesure de comprendre les systèmes, de les analyser et de porter un jugement. Sinon, ils ne seraient plus capables de remplir leur fonction.
Il y a donc un effort de pédagogie à faire pour porter ce message, et je pense que l’institution a son rôle à jouer, ce que j’ai essayé d’initier. Il y a ensuite un effort de la part de chacun pour se former, et des professionnels comme vous ont un rôle primordial à jouer. Nous en sommes à cette phase de la transition vers l’économie numérique qui mérite une implication de tous, et je vous remercie de l’intérêt que vous accordez à notre profession. »

(…)

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