REFORMER, CHICHE ! (dixit)
En réaction au projet de loi
PACTE sur le relèvement des seuils d’intervention des CAC dans les petites
entreprises (seuils fixés au niveau
européen par la directive 2013/34/EU), Monsieur Philippe Arraou, ancien Président
du Conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables, interpelle tant le
gouvernement que la profession du chiffre dans une tribune publiée par la revue
ACTUEL EC du 27 avril 2018.
Pour Philippe Arraou, il ne sert à rien de s'opposer à
la volonté du gouvernement de supprimer la présence obligatoire du CAC dans les
petites sociétés. Selon lui, mieux vaut rebondir par une réforme globale de la
profession comptable.
Personnellement, je ne puis
qu’approuver cette méthode ! En effet elle correspond à celle que suivit
en 2008 (avec le succès que l’on sait) Satoshi Nagamoto lorsque le
« bitcoin » a été créé :
S’attaquer frontalement au « système » ne
fait aucun sens. Proposer une alternative, à laquelle le
système ne peut s’opposer, sous la forme d’une monnaie (bitcoin)et d’un réseau
de paiement accessible à tous est une
bien meilleure idée ; se baser sur Internet, la décentralisation et la
cryptographie afin d’en assurer son intégrité, sa sécurité et sa résistance à
la censure, une révolution.
Les rapports de l’Inspection
Générale des Finances
Philippe Arraou fait référence
au rapport de l’IGF de mars 2018 : La
mesure proposée fait le choix de la responsabilisation des acteurs et de la
capacité des experts-comptables et des commissaires aux comptes à trouver, hors
de l’obligation légale, des solutions adaptées aux besoins en constante
évolution des petites entreprises.
Déjà en mars 2013, l’IGF
avait publié un rapport faisant l’analyse économique de 37 professions et
activités règlementées. Le journal économique « Les Echos » l’avait ainsi
commenté : Un rapport de
l’Inspection générale des finances dissèque les situations de rentes dont
bénéficient certains métiers. Il préconise des réformes ciblées qui pourraient
faire baisser jusqu’à 20 % les prix des services concernés.
Nos Inspecteurs des Finances,
pourtant peu enclins à révolutionner nos institutions, auraient-ils fait preuve
d’une forme de subtilité (plutôt propres aux frères jésuites) de suggérer aux
professionnels du chiffre de « trouver leur révolution » ?
Dans les constats posés par l’IGF
en 2018, l’idée qui m’apparait sous-jacente, est d’établir que la mission
d’audit légal menée par le commissaire aux comptes n’est pas assez
« productive », ni utile à l’administration fiscale, alors qu’elle représente
un coût pour les petites entreprises, tant financier qu’en temps à consacrer
aux demandes de leur CAC, et qu’elle se superpose aux diligences de l’expert-comptable...
Les effets observés de cette certification obligatoire
des comptes n’apparaissent pas
significatifs, alors que celle-ci représente une charge réelle pour les
petites entreprises. L’effet de la
présence d’un commissaire aux comptes sur la qualité des bases fiscales n’est
pas perceptible. L’audit légal constitue une charge proportionnellement
plus élevée pour les petites entreprises, qui se juxtapose souvent au travail
de l’expert-comptable et est proportionnellement plus élevée pour les petites
entreprises que pour les plus grandes. ...
De fait, pourquoi cette
mission serait-elle utile aux entreprises ?!
Mon opinion
personnelle : les professions du chiffre (EC et CAC) vivent et survivent
depuis plus de 70 ans sur la « rente » de la prérogative d’exercice
(souvent assimilée à un monopole) de la présentation des comptes avec un statut
« de tiers de confiance » pour l’administration fiscale.
Ainsi on pourrait dire que
« le bénéficiaire effectif »[1]
de leurs prestations, dans le cadre de leurs diligences, est l’administration
fiscale et non les entreprises ; les EC et les CAC assureraient donc une
délégation de service public de facto et de jure !
Autres points soulevés par le
rapport de l’IGF 2018 : Pour
favoriser la confiance dans la fiabilité des comptes, la loi rend leur
certification obligatoire pour un grand nombre d’entreprises. L’audit légal a
pour but de fiabiliser les comptes pour favoriser la confiance entre les
acteurs économiques
Les résultats des missions de prévention des
défaillances et de lutte contre la fraude des commissaires aux comptes sont limités.
Le bénéfice de la présence d’un commissaire aux
comptes dans la prévention des défaillances des petites entreprises n’est pas démontré.
Les suites judiciaires occasionnées par la révélation
de faits délictueux sont en nombre
limité.
Alors, pourquoi a-t-on imposé ces obligations
réglementaires aux entreprises depuis 70 ans ?
Philippe Arraou pose la
question qui est dans tous les esprits : mais
d’où est parti ce coup ?
(...) je peux
certifier que le sujet n’a pas été abordé lors de la préparation du projet de
loi Pacte par les binômes entre les parlementaires et les chefs d’entreprise en
novembre dernier, puisque j’en faisais partie (...).
Il émet plusieurs hypothèses
de réponse :
-
une forte demande de la part des entreprises,
non pas de la charge financière des honoraires des CAC mais plutôt un
allègement, voire une suppression, des procédures d’alerte et la révélation de faits
délictueux ;
-
l’objectif du gouvernement d’alléger les contraintes
des entreprises, en supprimant tout ce qui excède les normes européennes ;
-
sa volonté de responsabiliser les entreprises en
créant un climat nouveau, fait de confiance (le « droit à l’erreur » participe
à ce projet).
Saisir la balle au bond
Fidèle à ses convictions sur
le sujet de la transition numérique pour les professions du chiffre (il avait
proposé pendant sa présidence un statut de « tiers de confiance numérique »)
Philippe Arraou revient sur les notions de sécurité (tant pour le secteur public
que pour le secteur privé) et de protection des données et attend « de ce gouvernement qu’il prenne ses
responsabilités pour là aussi apporter
une disruption » et traite ce sujet maintenant, dans le cadre de
la loi Pacte.
Quelle disruption ? L’heure est venue de
définir un autre périmètre d’intervention des commissaires aux comptes (...) Il faut avoir une vue globale de la
profession, à l’instar de ce qui se fait dans quasiment tous les pays du monde.
Je milite depuis toujours pour le rapprochement de nos
deux institutions, et propose la création d’une nouvelle entité, avec de
nouvelles formes de gouvernance, au sein de laquelle chacun trouvera son
espace, et qui apportera cohérence et simplification (...) J’encourage les
représentants de nos instances à challenger le gouvernement dans cette
direction, pour proposer une profession nouvelle et dynamique, toujours au
service de l’intérêt général.
Conclusion
A l’heure de la révolution
numérique, il semble tout-à-fait indispensable voire « vital » pour
les professions du chiffre de placer enfin au centre de leur stratégie, le CLIENT,
c’est -à-dire l’ENTREPRISE (petite ou grande, virtuelle, décentralisée,
numérique, startup, connectée, entreprise extraterritoriale...) et qu’elle soit
véritablement « le bénéficiaire effectif » des prestations des EC et
des CAC... fusionnés !
D’ailleurs
à propos de l’entreprise extraterritoriale, l’Estonie, en administration agile
et connectée, propose depuis 2014 d’ouvrir sa citoyenneté en ligne à toute
personne désireuse de rejoindre sa nationalité et devenir e-résident.
Les professions du chiffre
déclarent depuis bien des années que leur avenir se situe dans le conseil à valeur ajoutée (le fameux
advisory des Big4).
Si elles assurent indubitablement
un service de conseil de gestion en s’appuyant sur des tableaux de bord,
comment se situent-elles sur les prestations de conseil de direction (gouvernance,
organisation interne, conseils RH, transformation digitale, lean performance...),
et sur le conseil stratégique (opportunité d’investissement, fusion
acquisition, fiscalité, développement, international...) ?
Là se situe la « fracture »
entre les Big 4 voire 8 et les cabinets Middle Market.
Alors chiche ! qu’attendent
vraiment les professions du chiffre pour s’intéresser « en profondeur »
aux véritables besoins des entreprises à l’heure du Big Data, de l’IA, du
Bitcoin, des Blockchains...
Personnellement plus je
travaille sur ces sujets et plus il m’apparait clairement et en toute évidence
que ces professions disposent d’un « capital
immatériel » dormant : la légitimité de la confiance de leur
client pour en approfondir la connaissance, un « code » de déontologie
« ajusté » au « code » cryptographique !
[1]
Comme notre administration demande aux entreprises d’en déclarer l’identité
présupposant que les actionnaires pourraient ne pas l’être !

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